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BÉATRICE AGENIN: D’UNE VOIX À L’AUTRE

Article • Publié le Actualités

En se glissant à la fois dans la peau de George Sand et de sa jeune servante dite Marie des Poules, cette grande dame du théâtre qu’est Béatrice Agenin a, enfin, obtenu un Molière reconnaissant sa formidable performance. Un spectacle à la magie immédiate.

Marie des poules, gouvernante chez George Sand reprend sa tournée triomphale. Ce spectacle acclamé, initié par l’envie de la comédienne de creuser la vie et l’œuvre de l’écrivaine de la Petite Fadette, doit son originalité à la brillante idée de son auteur, Gérard Savoisien, de mettre en avant l’incroyable histoire de Marie Caillaud. Entrée enfant, et illettrée, au service de George Sand, elle y apprendra à lire, écrire, jouer la comédie… Et y tombera amoureuse du fils Maurice. « Mon interprétation doit beaucoup à ma collaboration avec Arnaud Denis, metteur en scène, que j’admire énormément et avec qui je partage la scène. C’est très simple de s’accorder avec un homme aussi simple et profond. Quant à l’accueil du public, je dois reconnaître qu’il reçoit cette pièce de façon absolument magique. Je ne pense pas avoir déjà joué un spectacle où les gens sont tellement emportés, adhérant immédiatement à l’histoire. On le doit beaucoup aux lumières, au texte, à la mise en scène enrichie de marionnettes et d’une maison de poupée qui renforce le sentiment de n’être pas dans le réel mais bien au théâtre. »

Souvenirs d’enfance

La comédienne a très tôt développé une grande admiration pour George Sand. « Je suis de parents berrichons qui habitaient tout près de Nohant. Sand c’est un peu la star de la région, difficile de l’éviter ! Il faut savoir qu’elle était rejetée, jalousée, honnie par les gens de la campagne car trop libre. J’ai lu ses romans champêtres, très accessibles aux enfants. Plus tard, j’ai découvert l’histoire de sa vie et surtout ses lettres, fascinantes. Elle parle magnifiquement des beautés du Berry mais témoigne aussi de sa sensibilité de femme, passionnée, et ses lettres d’amour à Musset sont comme des cris déchirants. Elle a aussi créé un petit théâtre de marionnettes à Nohant dont s’occupait son fils Maurice. Elle ne s’arrêtait jamais de créer. »

Une interprétation exigeante

L’histoire de Marie Caillaud, petite servante au destin particulier, en dit long aussi sur Sand. Outre Marie des poules, elle a éduqué d’autres jeunes gamines à son service. « Mais elle n’oubliait pas pour autant les différences de classes sociales. Marie était plus vive, apprenait à toute vitesse, elle l’a prise en affection. J’avais juste spécifié à Gérard Savoisien que je voulais glisser des mots de patois dans le texte. Le destin de Marie des poules est totalement méconnu et pour cause, Sand l’a fait disparaître de sa maison et de ses écrits, alors qu’elle la décrivait comme extraordinaire, du fait de ses amours avec son fils. En découvrant le texte, je me suis sentie incapable de jouer un personnage de 11 ans. Mais Gérard m’a dit qu’au théâtre on peut tout faire. Il a fallu quelques lectures pour me convaincre que cela fonctionnait. On joue les souvenirs et on parle le récit. J’ai donc travaillé sur la voix, la posant plus claire pour Marie et plus grave pour Sand. J’ai surtout tenu à travailler le rythme, la rapidité entre les changements de personnage qui représente un véritable exploit physique. »

Un souffle sans fin

Le théâtre permet de se surprendre encore et toujours, d’aborder des registres inexplorés. « On m’aurait dit, il y a dix ans, que j’aurais joué une petite gamine, je ne l’aurais évidemment pas cru. » Et quand un Molière vient couronner une carrière exemplaire, on ne boude pas son plaisir. « J’avais déjà été nommée quatre fois. Il est vrai que ce Molière est l’accomplissement d’une attente et j’étais ravie de l’avoir pour cette pièce où j’incarne deux personnages. Je n’oublie pas pour autant d’autres très grands rôles comme Martha dans Virginia Woolf ou tous mes rôles chez Musset ou Marivaux. La Covid nous a arrêtés en plein succès, l’accueil de la presse et du public étaient inimaginables. Alors ces deux Molières (dont celui du meilleur spectacle Théâtre privé) nous portent, la tournée va se poursuivre plusieurs mois, en passant par la Belgique en avril. Et le spectacle sera à nouveau montré à Avignon cet été. »

Qu’est-ce qui dicte les choix d’une comédienne rompue aux beaux textes et aux rôles majeurs ?

« Les mots avant tout, je dois me sentir en accord avec eux. Marie des poules me fait un peu penser à l’intensité du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, une pièce sans temps morts que j’ai jouée à la Comédie Française. Certes, ici, nous sommes deux à occuper la scène, sans échappatoire possible, sans pouvoir se reposer sur une troupe. Pourtant, je vous assure qu’il s’agit d’un exercice moins fatigant que d’attendre son tour dans les coulisses ! » Des descendants de Marie Caillaud sont venus voir la pièce au Théâtre Montparnasse à Paris. « Un moment très émouvant. Ils nous ont confirmé à quel point le sujet avait été tabou dans leur famille, toutes les lettres et documents sont enfermés dans des malles. Son histoire a été révélée grâce aux recherches et à l’ouvrage de Solange Dalot. »

Béatrice Agenin a gardé cet enthousiasme qui remonte à l’enfance.
« Mon père avait fait du théâtre aux Armées, il m’en parlait souvent. Mais nous allions plutôt au cabaret, plus accessible. Il aimait les artistes, m’a fait écouter Brel et avait décelé en Johnny Halliday un talent incroyable. Il m’a transmis cet amour de la scène. »

– Gilda Benjamin

Marie des poules, gouvernante chez George Sand
Du 21 au 23 avril 2022 à 20h30
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