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ÉRIC BOUVRON : THÉÂTRE D’AVENTURES

Article • Publié le Actualités

Avec Lawrence d’Arabie, le spectateur embarque pour un périple flamboyant, le destin d’un homme hors du commun au centre d’une œuvre littéraire et cinématographique. L’auteur et metteur en scène Éric Bouvron s’y entend pour revisiter les personnages hauts en couleurs.

Éric Bouvron avait connu un grand succès avec Les Cavaliers de Kessel, (Molière du meilleur spectacle du Théâtre Privé). S’attaquer à une œuvre mythique comme Lawrence d’Arabie, transposée en chef-d’œuvre sur grand écran, ne lui faisait donc pas peur. « Mon intention n’était pas du tout d’adapter le film. Après avoir créé Les Cavaliers de Kessel et Marco Polo, j’ai eu le désir de monter Lawrence d’Arabie sur scène tout en me disant que c’était impossible vu l’ampleur du personnage. Mais j’ai pris le temps, me suis rendu en Jordanie rencontrer les Bédouins, entrevu d’autres angles d’écriture en réfléchissant à l’impact de cette œuvre sur l’époque actuelle. Au gré de mes voyages et de mes rencontres, j’ai imaginé ce qui pouvait bien se passer dans la tête d’un jeune homme devenant un héros pour son pays, voire un prophète, alors que le mensonge est au cœur de l’aventure. L’histoire m’a entraîné et m’a guidé dans la concrétisation de réaliser une épopée sur scène, sorte de blockbuster théâtral plus qu’une pièce. J’ai conçu ce spectacle pour qu’il soit aussi divertissant qu’informatif et qu’il emmène les spectateurs en voyage. »

Un spectacle tel un jardin
Le travail d’Éric Bouvron est toujours basé sur de nombreuses recherches, d’autant qu’il n’existe pas un livre unique sur Lawrence d’Arabie mais plutôt les écrits de T.E. Lawrence, les ouvrages sur sa vie et les faits historiques. « Je n’avais aucune intention de faire un documentaire ou un biopic mais bien de raconter une épopée, une histoire universelle, comme je l’avais fait pour Joseph Kessel. La scène est un média particulier, avec ses codes et ses limites. Quand on comprend les règles de jeu et d’espace qu’exige le théâtre, il est possible de proposer des spectacles traversés par un souffle épique très fort. Construire un spectacle comme ceux que j’élabore c’est planter un jardin, graine après graine, arroser tous les jours et voir ce jardin grandir devant vos yeux. Tant que tu le nourris, de recherches et de questionnements, de belles choses apparaissent. Il faut se mettre à leur service plutôt que d’imposer une idée figée dans le temps. J’aime faire confiance à l’inconnu. La création est plus une affaire de ressenti que de compréhension et c’est ce qui vous pousse à continuer, emporté par les personnages, les images… » L’homme a débuté par la scène comique, seul en scène par obligation plutôt que par choix. « J’ai découvert l’écriture très tardivement. Je ne suis ni écrivain ni réalisateur, mon envie de partager des histoires avec le public ne se fait que par le biais de la scène que je pratique depuis l’enfance. J’ai découvert l’œuvre de Joseph Kessel, que je ne connaissais pas, alors que j’étais en train d’écrire un nouveau spectacle comique. Ce fut une évidence, il fallait que je trouve les mots pour faire vivre mon émotion. La rencontre de Kessel m’a ouvert des portes, tout comme nombre de rencontres dans ma vie. Il m’a donné la confiance nécessaire pour aller plus loin. »

Inspiration d’ailleurs
Le français n’est pas sa langue première mais il l’a faite sienne pour raconter des destins hors normes, et surtout toucher le public. La rencontre de l’autre, ailleurs, reste son moteur. « J’ai besoin de partir, d’être fasciné par d’autres peuples, d’autres personnalités. On découvre sa propre culture en plongeant dans celle des autres. Il faut une infinité de plantes pour créer un beau jardin. Je viens de terminer l’écriture d’une nouvelle création sur la vie de l’aviateur Roland Garros et j’emmène le spectateur dans le ciel et les nuages. Je suis issu de plusieurs cultures, mes parents m’ont donné ce goût du voyage. J’ai vécu en Afrique du Sud en venant d’une famille franco-grecque, suis né en Egypte. Je me suis toujours senti un étranger partout, y compris en France. Je suis convaincu que nos racines se trouvent là où on a passé notre enfance. Je suis comme déraciné mais ce n’est pas négatif car je suis en mouvement. Comme le dit Borges, je suis citoyen du monde et cela nourrit considérablement mon imaginaire. »

Lawrence, en mots et en musique
Huit comédiens pour une soixantaine de personnages et trois musiciens qui chantent et dansent et habillent cette épopée de couleurs orientales. « C’est l’histoire même de Lawrence qui demande une troupe. Je suis passé par le seul en scène, plutôt clownesque. Pour Les Cavaliers nous n’étions que quatre à jouer. Avec Lawrence, c’était le moment d’oser. On y a cru et le succès au Festival d’Avignon nous a donné raison. La troupe a démontré toute sa force et sa magie pour exposer une histoire passionnante. Mais je suis bien conscient qu’il s’agit d’un privilège. » Un privilège qu’il faut savoir favoriser. « Je suis un passionné de golf. Un grand joueur Gary Player disait ‘‘Il faut de la chance mais plus tu travailles et plus tu en as’’. » La part d’humour demeure primordiale dans le parcours d’Éric Bouvron, quel que soit le spectacle. « L’humour fait partie de moi, je l’ai hérité de mon père. Comment composer avec la vie sans humour ? Et s’il y a bien un peuple qui en a un sens aigu ce sont bien les Belges ! J’ai beaucoup collaboré avec les Frères Taloche, j’ai un rapport très fort avec la Belgique, avec le Théâtre de la Toison d’Or, avec Wolubilis, je m’y sens accueilli. » Alors, bienvenue à Lawrence d’Arabie.
– Gilda Benjamin

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