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Actu / JACQUES GAMBLIN : UN HOMME EN MOUVEMENT

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Plus d’une centaine de dates déjà et une tournée qui se prolonge devant des spectateurs émus. Avec Je parle à un homme qui ne tient pas en place, Jacques Gamblin se met à nu et partage une superbe histoire d’amitié.

C’est une rencontre improbable comme la vie en a le secret. Un coup de pouce au destin sous l’impulsion d’un comédien qui explore l’âme humaine avec fougue et émotion. En janvier 2014, le navigateur Thomas Coville tente, pour la 4e fois, le record du tour du monde à la voile en solitaire. Touché par cette quête de l’absolu, Jacques Gamblin va entamer avec lui une correspondance de soutien, des messages bourrés d’énergie, de chaleur et d’humour. Un échange qui renvoie à chacun d’entre nous.

Tout est normal mon coeur scintille, Gamblin jazze, de Wilde sextete. Jacques Gamblin est un habitué de Wolubilis. « Ce n’est pas le côté rassurant des retrouvailles qui m’attire, au contraire, le confort n’est pas spécialement souhaitable car il y a toujours des imprévus. On ne joue pas chez soi, on est invité et on s’invite chez l’autre. Ce que j’aime dans cette forme de fidélité avec un public c’est que les gens suivent un travail et son évolution, un parcours d’artiste. J’ai alors le sentiment de pouvoir leur raconter une nouvelle histoire, bien différente de la précédente, mais avec une même signature. Je fais de la scène depuis 30 ans et c’est le 7e spectacle que j’ai écrit. Mais c’est bien aussi de se produire dans une ville où le public ne me connaît presque pas, si ce n’est qu’en tant qu’acteur au cinéma. »

Toucher à l’humain
On retrouve ici les thèmes de l’amitié, du respect, de l’ouverture à l’autre, si chers à l’auteur et acteur. « Je me suis toujours intéressé à l’humain, essayant quelque peu de l’observer au microscope. L’autre est un sujet qui me travaille. Que met-on en jeu, dans une vie, pour être un peu plus performant aujourd’hui qu’hier ? C’est ça un parcours. Se coucher tous les soirs en se demandant ce qu’on a appris dans la journée. Ce qu’on apprend de l’autre sert à nous découvrir davantage. » Thomas Coville le reconnaît, il en a appris beaucoup sur lui-même par cette correspondance. Le navigateur expérimenté a été accompagné autant par la bienveillance du comédien que par ses mots. « Les hommes comme lui sont des militants de la joie, de la folie, de tous les possibles. Thomas est connu pour ses records en solitaire et, néanmoins, il est proche des gens. On se retrouve sur ce terrain-là. C’est un être d’exception et, pourtant, il ne se voit pas comme un héros. Il s’est fixé un but, on ne sait pas pourquoi. »

Se sentir unique
Jacques Gamblin s’est nourri de sa récente interprétation dans L’Incroyable histoire du Facteur Cheval au cinéma pour questionner sur le choix d’un destin. « J’aime qu’il n’y ait pas de réponse au pourquoi de sa quête. Afin de le comprendre, j’ai essayé d’abord de savoir pour quelle raison il avait voulu construire ce Palais Idéal durant 30 années de sa vie, lui le paysan qui savait à peine écrire. Et on finit par se dire « parce que », tout simplement. Si Thomas Coville a besoin de battre des records, c’est qu’il en a besoin, peut être est-ce un besoin de se sentir unique dans cette foule que nous formons. J’aime les gens qui se réalisent. L’adulte est un grand enfant. Et un enfant, il regarde et il « fait comme ». Même si l’adulte trouve ses repères, ses racines puisent toujours dans la terre de l’imitation. Alors, quitte à imiter, autant imiter des gens beaux qui accomplissent de belles choses. Je ne fais pas un théâtre documentaire, j’ai envie de montrer des personnages beaux dans leurs contradictions. Le plus intéressant est qu’ils fassent écho, en chaque spectateur, à leurs petites victoires personnelles, leur façon de relever la tête après un échec, leur rapport à l’amitié, à la confiance… S’il n’y a pas cet écho, ce n’est pas la peine de faire le spectacle. »

Les mots et le temps
L’un en mer, l’autre sur la terre ferme. La distance change-t-elle le choix des mots ? « Cette distance géographique ne correspond pas à l’espace-temps qu’est celui du courrier postal et, pourtant, cette notion de temps reste essentielle. Envoyer un mail est un acte à l’aveugle, on ne sait pas quand l’autre va le lire ni l’interpréter. S’il n’y avait pas eu ce flou, cette crainte, je n’aurais pas monté ce spectacle, il repose aussi sur cette fragilité et sur ces 30 jours qui passent. Il y a les mots qu’on choisit, ceux qu’on n’ose pas. Une forme d’intrigue se noue, avec des événements épiques et aussi de l’humour. Cet humour qui m’est toujours indispensable, tout comme j’ai besoin de musique, de danse, de sons. »

L’art du vivant
Une formidable énergie se dégage de tous les spectacles de Jacques Gamblin. Sportif accompli, serait-ce lui l’homme qui ne tient pas en place ? « Je peux être un contemplatif mais en mouvement. Si je m’assieds et que je regarde, mon regard se porte sur quelque chose en mouvement. Dans ma famille, quand j’étais gamin, le mot « fatigué » n’était pas dans le dictionnaire. C’était sans doute excessif car il est bon, aussi, d’avouer sa fatigue. Néanmoins, je me suis construit avec cette énergie et cette envie de manger la vie. L’énergie a été le plus beau cadeau que mes parents m’aient fait. Dans ce spectacle, je joue pieds nus car je me livre totalement. Cette conversation, au jour le jour avec Thomas est une expérience unique que je ne revivrai plus jamais et c’est ça qui se joue tous les soirs sur scène. J’éprouve cette émotion comme jamais avec ce spectacle. » Jacques Gamblin offre, lui, un cadeau de scène au public. Sa parole porte haut. « Je suis un homme de nature, c’est l’endroit où je me sens le mieux. Là je vous parle, face à la mer, en Bretagne, le soleil brille, tout s’ouvre et tout s’éclaire. Mais si quelqu’un passe sur le sentier, je le regarde, je suis à l’écoute, tous mes sens sont en éveil, ça me passionne ! »

– Propos recueillis par Gilda Benjamin

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