Wolubilis

L'Artiste du mois / Lucas Castel

Article • Publié le Actualités L'Artiste du mois

Documenter l’énergie

Lucas Castel, photographe passé par le Prix Médiatine en 2020 et remarqué par le Prix Ville de Bruxelles pour le projet «Deuxième Saison», qui nous plonge dans les affres du village de Salau et de la possible réouverture de sa mine de tungstène, rejoint les artistes de l’Artothèque avec les photographies de ce projet documentaire et de «German Coal». Un subtil mélange entre images d’action militante et d’images contemplatives à découvrir depuis septembre à l’Artothèque de Wolubilis, et dont le photographe nous explique ici les particularités…

Diplômé de l’École Supérieure le 75 en photographie documentaire depuis 2018, Lucas Castel s’intéresse à l’énergie. Avec « German Coal », il a documenté fin 2015 les manifestations organisées par « Ende Gelände », contre l’utilisation du charbon dans les centrales thermiques allemandes et les émissions de gaz à effet de serre.
Un sujet dans la rapidité, dans l’instantanéité, sans repérage, très premier degré, concentré sur l’action et le militantisme. Tout le contraire de «Deuxième saison», qui donne à voir un territoire selon un angle large, pour montrer l’amplitude d’une problématique complexe, liée à l’énergie, à des réalités économiques diverses et variées. Mais là où l’emploi est lié à l’extraction de matières premières, comment donner à voir un territoire responsable de l’environnement qu’il impacte ?

« Les thèmes de l’industrie et de l’énergie me préoccupaient bien avant mon arrivée au 75. Je me suis toujours interrogé sur les systèmes de production d’énergie et de leur conséquence sur le territoire qu’ils occupent. Toute l’énergie dont nous avons besoin aujourd’hui est produite par de grosses industries. Pour le jeunes, il est évident que ces questions sont les enjeux qui détermineront le monde de demain . « Deuxième Saison » est une étude photographique dans laquelle Mathilde Mahoudeau et moi avons mêlés regard journalistique et esthétique, grâce à un travail effectué au long terme et en plusieurs volets, nous nous sommes libérés de certaines œillères, pour s’écarter des partis-pris sur ce village incroyable. Nous sommes arrivés en Ariège après avoir entendu parler de l’affaire via Hermine Baron avocate spécialisée dans les droits de l’environnement. Une mine de Tungstène, fermée depuis 1986 était sur le point de se remettre en activité, suite aux déclarations d’Emmanuel Macron lorsqu’il était Ministre de l’Economie en 2015.
L’ambiance était étrange, nous étions en octobre 2018 et les tensions entre les pro-mines et les anti-mines étaient belles et bien palpables, dans ces villages des Pyrénées orientales qui accueillent très peu de touristes ».

« On est tous des solitaires dans les montagnes. Un peu comme Francis, qui habite le village voisin de Salau, à 1200 mètres d’altitude et qui nous a hébergé lors de nos passages dans la région. C’est depuis ce village Seix, que nous avons pris la photo de montagne. Sur ce cliché la mine n’est pas visible, mais on la sent ! Il faut en effet connaitre son emplacement pour la voir, après être monté quelque peu dans les montagnes, jusqu’à arriver à une porte bleue et un petit cabanon blanc occupé par un gardien, qui protège la mine…
A côté, des talus de terres extraites dans les années 80 et nocifs pour l’environnement car chargés de métaux lourds sont disposés ça et là autour du gardiennage… En travaillant avec un seul appareil, un argentique couleur de moyen format, nous apposions deux regards sur un cadre. La narration et le cadre sont donc réfléchis plutôt deux fois qu’une, avant chaque déclenchement, le temps de poser le trépied dans un endroit où les gens que l’on rencontre prennent le temps de vivre, de se poser, ce qui nous laisse tout l’espace nécessaire pour « faire » une image où la netteté prédomine ».

Entre ces deux projets, il y a véritablement un « gap ». L’approche est différente, le sujet de « German Coal » était concret, les militants portent des combinaisons blanches qui les identifient des policiers ou du public. Visuellement, c’est assez fort non ? 

«Deuxième Saison», c’est plus fin, il s’agit de retransmettre une ambiance, un territoire qui évolue au fil du temps…. Quand j’ai été contacté par Mrs. Danna-Allegrini, je me suis dit que cette sélection d’images était intéressante pour la médiation, car je pense que la photographie peut aussi être un excellent biais de conscientisation pour les problématiques liées à l’énergie, et j’espère que ces images traduiront ce propos ».

Lucas Castel souhaite désormais pousser plus loin cette approche collaborative de la photographie, en s’entourant d’autres photographes et artistes pour de futur(s) projets d’une part, et désire d’autre part recommencer à traiter les enjeux du nucléaire. Un sujet qui lui est cher et qu’il avait d’ailleurs exploité avec « Iode », son jury de fin d’études présenté à la Cambre Horta en 2018, sans pour autant restreindre sa pratique artistique à la photographie mais en ouvrant à la vidéo.

Intéressé par ces thématiques ? Retrouvez prochainement Lucas Castel et Mathilde Mahoudeau avec «Deuxième Saison» à la Centrale for Contemporary Arts en mai 2021. 

Site web :
www.castellucas.com
Instagram :
https://www.instagram.com/lucas_castel_ph/

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