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PATRICK DONNAY/BERNARD COGNIAUX : DEUX COMÉDIENS, UN PERSONNAGE

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Londres années 70 : Miss Shepherd, vagabonde acariâtre, s’installe dans le jardin de l’auteur Alan Bennett. Un long voisinage imposé qui donnera matière à cette œuvre originale La Dame à la la camionnette. Aux côtés de la formidable Jacqueline Bir, Bernard Cogniaux et Patrick Donnay se partagent l’incarnation de l’homme de théâtre.

Il y a Alan Bennet 1, celui qui se demande comment gérer un tel envahissement, et Alan Bennet 2 dont le recul sur sa propre histoire fait le lien entre son moi plus jeune et le public. Entre candeur et conscience, deux comédiens tiennent tête à La Dame à la camionnette.

Bernard Cogniaux : à moitié totalement
« Au-delà du fait d’interpréter Alan Bennet jeune ou âgé, Patrick Donnay et moi n’avons pas la même position dans l’histoire. En quelque sorte, il avalise les choses tandis que je les subis. Mon objectif dans ce spectacle est d’être le plus naïf possible. Un comédien doit toujours se laisser surprendre mais, ici, il s’agit de la nature même du personnage. J’ai le nez sur les événements et suis incapable de prendre du recul. En fait, pour la première fois, je ne suis qu’un demi-personnage ! Qui plus est un personnage réel. » Son complice de longue date, Alain Leempoel à la mise en scène, lui a proposé ce rôle pas comme les autres face à un comédien d’envergure. « Patrick, mon autre moi, m’interpelle, me perturbe, me bouscule dans ce que je vis. Et comme les scènes sont très courtes, et que je suis constamment happé, je fais face à une gymnastique particulière qui exige une très grande précision. »

Était-il, du coup, indispensable, d’en savoir plus sur Alan Bennett ?
« Je connaissais ses textes de théâtre et son univers. Mais j’ai tenu à me nourrir en regardant quelques interviews. Il a souvent dépeint des personnages bourgeois et lisses et pourtant terriblement en révolte. Et c’est pour cette raison qu’il a accueilli chez lui cette femme en marge de la société. Il vit sa révolte par procuration. Pourquoi en est-elle arrivée là ? Qui est-elle réellement ? Une réflexion qui s’impose pour chaque SDF qu’on croise. »

Patrick Donnay : Alan et le public
Le comédien, longtemps associé au Théâtre National, découvre un projet, une équipe et un sacré personnage multiplié par deux. « Il se fait que nous avons Bernard et moi exactement la même taille ! Et la perruque, les lunettes et le costume permettent un certain mimétisme. On a l’air de Dupond et Dupont. » Comment appréhender un tel rôle ? « Je suis un peu le narrateur de l’histoire, une sorte de Jiminy Cricket qui vient chuchoter à l’oreille de mon double, le bouscule et le met parfois dans l’embarras. D’autant que je commente des événements que j’ai moi-même vécus des années auparavant. Je suis aussi le seul à avoir un contact direct avec le public, je lui explique par moments les raisons du caractère de Miss Shepherd. Il faut savoir que personne ne me voit sur le plateau, je suis invisible pour les comédiens, seul mon double est en dialogue avec moi. »

Alan Bennett, 87 ans aujourd’hui, livre avec cette pièce un témoignage fort et drôle à la fois. « Je m’intéresse aux écritures du réel et cette histoire de clocharde vagabonde ayant vécu durant 15 ans chez l’auteur est véridique. Ce n’est qu’après sa disparition qu’il en apprendra plus sur elle. Cette pièce pose un regard sur la différence dans un langage universel. »

Une bonne dose de touche british rajoute au plaisir du jeu mais pas que. « Jouer avec Jacqueline Bir, même si je n’ai pas de répliques directes avec elle, est aussi une motivation supplémentaire. Je pense que le public ne l’a jamais vue dans un tel registre, c’est savoureux.»

– Gilda Benjamin

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