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Actu / ANTÓNIO ZAMBUJO OU LE FADO RÉINVENTÉ

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On a souvent vite fait de dire qu’un artiste révolutionne complètement son genre. C’est vrai. Et pour António Zambujo, dire le contraire serait difficile, voire impossible. Car oui, ce Portugais quadragénaire réinvente considérablement le fado traditionnel racontant des instants de vie du quotidien, hors du temps, récoltés dans les ruelles de Lisbonne et sur les bords du Tage. Le tout accompagné d’une guitare.  Un artiste confirmé dans son pays, une star au Brésil et surtout, une notoriété internationale sans cesse croissante. Alors, si António Zambujo ne vous dit encore rien, eh bien cela va rapidement changer !

Mais qui est António Zambujo ? Natif du sud du Portugal, dans la région rurale d’Alentejo, son enfance sera rythmée par les chants polyphoniques traditionnels. Mais pas que ! Croire qu’António est un artiste de fado conventionnel, c’est se tromper car, pour lui, le fado n’est qu’une influence parmi d’autres. Les racines, ses racines, sont importantes mais les rencontres de la vie le sont tout autant. « C’est ce qui fait votre identité, le but principal de tout artiste », confie-t-il. Et de l’identité, il en a. Son fado est parcouru de tonalités brésiliennes, de bossa-nova, de rythmes jazzy, de morna du Cap-Vert, de lamento d’Angola, le tout chanté d’une voix chaude, profonde et sensuelle capable de conter toutes les teintes et les nuances du vague à l’âme. « Le plus important pour un musicien est d’écouter d’autres musiques et d’autres artistes pour avoir de nouvelles idées qui naissent de nouvelles influences », souligne-t-il à l’AFP. De même, Caetano Veloso, l’un des artistes brésiliens le plus populaires à travers le monde, dit qu’il est impossible de ne pas frémir et de ne pas pleurer en écoutant chanter António Zambujo ! Les sonorités magiques et envoûtantes de la langue portugaise n’y sont pas pour rien non plus ! Malgré qu’il aime à se laisser aller à chanter dans d’autres langues comme l’espagnol sur son dernier album Do Avesso (2020 – Universal Music Portugal), ou encore en français en reprenant La chanson de Prévert de Serge Gainsbourg sur l’album Rua Da Emenda (2014 – Som Livre), le portugais reste et restera sa langue de prédilection.

C’est à 16 ans que la vie d’António Zambujo prend un tournant et qu’il embrasse la carrière de fadiste, encore très traditionnelle à l’époque puisque c’est avec des chants polyphoniques racontant la vie quotidienne des classes laborieuses, qu’il remporte le concours de fado, chez lui, à Beja. Après des études de clarinette, António Zambujo rejoint Lisbonne, et devient rapidement l’un des artistes attitrés et récurrents d’une maison mythique de fado dans le quartier de l’Alfama. Une résidence telle que celle-ci, pour un artiste, est sans aucun doute la meilleure des écoles de la scène. Mais une autre expérience scénique attend le jeune António Zambujo. En 1999, décède l’icône du fado, Amália Rodrigues. À ce sujet, António confiera avoir pleuré en écoutant en boucle les disques de la diva disparue. C’est elle qui lui a donné le goût de chanter ce blues à la portugaise. Pour lui, il y a clairement un fado avant Amália et un autre après elle. Signe du destin, c’est en incarnant durant quatre ans le premier mari d’Amália Rodrigues dans la comédie musicale qui lui est consacrée, Amália, qu’António Zambujo va se faire connaître du grand public, avant de se lancer dans une belle carrière en solo. Depuis 2007, huit albums sont sortis et les tournées brésiliennes et européennes s’enchaînent avec toujours plus de succès.

En janvier 2020, le huitième album d’António Zambujo, Do Avesso, est paru chez nous. Un album particulièrement abouti, aux dimensions nouvelles, inspiré du cinéma et accompagné par l’orchestre symphonique de Lisbonne. À travers quinze titres, il décrit, croque, dépeint, dessine et raconte des moments de vie quotidienne lisboète. Chaque morceau de cet album a été créé comme un court métrage puisque, selon lui, la musique est un moyen de raconter des histoires et faire que les gens qui l’écoutent, rêvent et s’évadent. Musicalement, c’est un album teinté de bossa-nova, de pop psychédélique, de country et même de quelques clins d’œil au music-hall. Et, c’est seulement à la fin que Zambujo nous offre son fado, ou plutôt ce néo-fado qui n’appartient qu’à lui. Do Avesso, sorti déjà il y a quelques mois au Portugal, a d’ailleurs reçu l’équivalent de nos Victoires de la Musique, le prix José Afonso qui récompense et encourage la musique de racine portugaise dont le thème est la culture et l’Histoire du Portugal.

Après un passage remarqué en janvier dernier à La Cigale de Paris, c’est sur la scène de Wolubilis qu’António Zambujo décide de venir partager ses mélodies envoûtantes et ses histoires. Assurément, un beau moment à ne pas manquer !

– Marie-Gaëlle Van Snick

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