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«Zéphyr»: du vent dans les voiles du hip-hop

Article • Publié le Actualités

Après avoir joué avec les illusions d’optique numériques (Pixel) et l’apesanteur (Vertikal), Mourad Merzouki se fixe un nouveau défi : faire danser le hip-hop sur des flots de vent. 

L’art naît de la contrainte, dit-on. Cette maxime n’a jamais été plus vraie que dans les spectacles de Mourad Merzouki. Chez ce Français touche-à-tout, qui a commencé par étudier à l’école de cirque avant de pratiquer les arts martiaux puis de s’intéresser au hip-hop à la fin des années 80, chaque création vient d’un défi qu’il se lance, d’un cadre qu’il s’impose. D’ailleurs, le nom de sa compagnie, Käfig, signifie « la cage » en arabe. Ou comment l’entrave libère chez lui les projets les plus fous. Il y a eu Pixel (co-signé avec Adrien Mondot et Claire Bardainne) où les danseurs rebondissaient sur des paysages en trompe-l’œil orchestrés par un programme numérique. Il y a eu aussi Vertikal où la danse, par l’escalade, atteignait des sommets. Avec toujours, comme dans Boxe Boxe Brasil ou Danser Casa (créé avec Kader Attou), le hip-hop comme fil conducteur pour mettre ses chorégraphies en jeu (dans tous les sens du terme).

Aujourd’hui, avec Zéphyr, c’est donc le vent qui vient à la fois contraindre et affranchir son inspiration, le tout au départ d’une commande du Vendée Globe. « A chaque compétition, ce grand rendez-vous sportif projette un événement artistique », nous explique Mourad Merzouki depuis Tel Aviv où son dernier spectacle fait escale avant de se poser à Bruxelles. « D’habitude, c’est plutôt un concert mais là, ils avaient envie de proposer un spectacle avec des corps et de la danse. J’ai donc imaginé un univers qui ferait écho au Vendée Globe. J’aime m’aventurer en terrain inconnu, créer un dialogue entre des mondes a priori différents. C’est ce qui me permet de me renouveler. »

Lutter avec les éléments
Logiquement, le vent a tout de suite soufflé dans les voiles de cette nouvelle création. Le corps des danseurs y lutte avec les éléments, se plie au gré des tempêtes et des marées, sort des hublots, danse sur les flots, s’envole dans la brise ou résiste aux rafales furieuses convoquées par de grands ventilateurs. Comme le marin défie les courants, les interprètes négocient avec des océans imaginaires. De grands tissus évoquent le foc d’un bateau et la musique d’Armand Amar tisse une croisière sonore entre instruments ethniques et musiques électroacoustiques. Autant de tableaux que le chorégraphe entend orchestrer sur différents niveaux de lecture : « Il n’est pas question d’enfermer le propos autour du Vendée Globe mais de parler de nos réalités à tous et à toutes. C’est une métaphore de notre vie, de ses aléas. Nous devons tous et toutes, à certains moments, lutter pour rester debout. »

Une traversée d’une énergie folle portée, comme toujours avec Mourad Merzouki, par la force vitale du hip-hop. « Dans mon parcours, j’ai commencé par le cirque mais, très vite, j’ai été séduit par le hip-hop, par ses corps virtuoses. Le hip-hop reste une danse généreuse, une forme de partage, une danse dont on a dit au départ qu’elle serait éphémère et qui, pourtant, s’immisce partout aujourd’hui. Ce hip-hop, je fais le pari de le bousculer, de l’amener ailleurs, de le remettre en question, c’est cela qui fait qu’il continue d’exister. Le hip-hop incarne la vie, la fête, et je continue, après toutes ces années, d’être animé par cette dynamique. » Embarquez donc à bord de sa toute dernière embarcation, à destination de contrées dépaysantes, poussée par un vent qui viendra littéralement vous caresser le visage, jusque dans les derniers rangs. Le navigateur Loick Peyron n’a-t-il pas dit que « le plus beau voyage est celui qu’on n’a pas encore fait » ?

Catherine Makereel
Le Soir – 29/05/22

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